Près d’une personne sur deux pratiquant le Party and Play (PnP) ou chemsex* affirme avoir vécu une agression sexuelle au cours des 12 derniers mois1. Ces personnes courent un risque 20 fois supérieur à celui des hommes cisgenres de subir des violences sexuelles. Mais comment cerner le consentement dans ce contexte où drogues, désir et échanges multiples brouillent les pistes?

C’est ce que Maxi Gaudette, membre étudiant du Centre de recherche en santé publique et du laboratoire de recherche Qollab, vise à comprendre dans le cadre de son doctorat. Pour soutenir sa démarche, il a opté pour la photovoix. Les 23 personnes qui ont complété son projet de recherche ont été invitées à documenter, à partir de photos, leurs expériences et perceptions du consentement en contexte de PnP. « Cette méthode met en valeur le savoir issu de leur expérience. Elle leur laisse la pleine liberté de choisir les photos qu’elles souhaitent partager, puis leur donne l’occasion de prendre la parole », explique Maxi Gaudette. Plusieurs n’avaient encore jamais réfléchi à la notion de consentement. Le projet les a amenées à une prise de conscience ».
* Party and Play (PnP) ou chemsex sont des expressions utilisées quand il s’agit de consommer certaines drogues synthétiques pour avoir des relations sexuelles majoritairement entre hommes gais, bisexuels, queer ainsi qu’auprès de personnes trans et non binaires. En français, sexualité sous drogues est privilégiée. Source : OQLF
Définir le consentement
Maxi Gaudette précise qu’il est difficile d’appliquer une définition rigide du consentement puisque ce concept requiert plusieurs nuances. Selon l’une des définitions strictes, une personne ayant une activité sexuelle sous influence ne peut pas donner son consentement et peut être considérée comme ayant subi une agression sexuelle2. Si l’on retient cette définition pour étudier la pratique du PnP « cela voudrait dire que les personnes qui font du chemsex sont constamment en train de violer leur partenaire ou de se faire violer », déplore Maxi Gaudette, choisissant consciemment ces mots pour en dénoncer l’absurdité en ajoutant : « ceci ne reflète pas ce que j’observe dans les témoignages recueillis ».
Le consentement est un processus interne qui repose sur la volonté des personnes. Il prend appui sur une interaction, sur une communication verbale ou non verbale, directe ou indirecte. À cela s’ajoute la dimension du désir. Les expériences de chemsex se déroulent souvent dans un cadre qui complique la notion de consentement. Celles-ci se passent sur plusieurs heures ou plusieurs jours, avec différentes personnes qui consomment parfois en continu. Le consentement de départ peut changer en cours de route.

Explorer de nouvelles expériences
Bien que son analyse soit toujours en cours, Maxi Gaudette note dans les témoignages une volonté de briser les règles, de perdre le contrôle et de ne pas se préoccuper de la notion de consentement. De plus, une certaine forme d’érotisme ou d’excitation sexuelle se rattache à l’idée de risques associés au PnP. Des personnes transgressent et construisent leurs propres limites dans cette expérience. Elle leur offre un espace pour explorer de nouveaux fantasmes grâce à la désinhibition que permet la consommation.
Aussi, certaines personnes ont senti être allées trop loin, dans une forme de violence envers elles-mêmes, sans toutefois se percevoir comme une « victime face à un agresseur ». « Elles ont du mal à attribuer la responsabilité de cette agression à l’autre, qu’il soit leur amant, leur amoureux ou leur partenaire. J’observe une sorte de zone grise qui émerge de ces témoignages », souligne le doctorant. Pour d’autres, la participation au projet leur a permis d’en prendre conscience et de nommer les violences vécues, mais ces affirmations ne dominent pas les récits. Par ailleurs, certaines ont été amenées à réaliser avoir dépassé les limites de leur partenaire. Elles ont expliqué que cette prise de conscience les aide aujourd’hui à mieux respecter le consentement des autres. « C’est très touchant d’observer ce que les personnes découvrent au fil de leur participation du projet », confie Maxi Gaudette.
Témoigner du plaisir
Parmi les témoignage recueillis, ce qui ressort de manière marquée, c’est l’importance du plaisir comme de la connexion à l’autre. Plusieurs montrent un souci de l’autre, une forme de care touchant à l’aspect sexuel et aux effets de la consommation. Ainsi, des personnes disaient veiller à ce que leur partenaire respecte leurs limites dans l’expérience ou encore qu’il s’hydrate, mange ou prenne une pause pour se ménager ou se reposer.
Les photos et récits ont fait l’objet de l’exposition Dans le flou du plaisir, présentée dans le cadre de Fierté Montréal à l’été 2025. « J’ai souhaité que cette exposition artistique nourrisse l’empathie et l’introspection chez les visiteurs et visiteuses, qu’elle les amène à remettre en question leur perception, peut-être stigmatisante, du chemsex et des sexualités qui dévient des normes. J’espère qu’elle a suscité des réflexions et discussions au sein de nos communautés sur les façons de promouvoir le consentement », conclut Maxi Gaudette.
LES DÉTAILS…
Maxi Gaudette, PnP et Consentement, Université de Montréal, doctorat en cours.
Projet Sans tabous
Exploration de sujets sensibles
La photovoix est une technique participative de collecte de données qui est de plus en plus utilisée en recherche, en raison du pouvoir évocateur de la photo et de son potentiel d’initier des changements concrets, notamment pour la santé de populations vulnérables. Elle devient aussi un outil de choix pour des projets s’intéressant à des sujets plus sensibles et complexes, comme la sexualité.
En effet, la réalisation de photos sur cette thématique permet aux personnes participantes de s’engager dans un processus d’introspection et d’utiliser la photo pour exprimer leur vécu sexuel, alors que les mots sont parfois insuffisants. Ce constat est l’une des fondations du projet Sans tabous, mené par Artemis C. Guay, ergothérapeute et candidat au doctorat en sexologie à l’UQAM sous la cosupervision d’Isabelle Wallach, affiliée au Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale et Claudine Auger, codirectrice scientifique de l’IURDPM, qui explore les expériences sexuelles des adultes ayant des incapacités motrices au Québec.
Les photographes du projet ont saisi l’occasion pour réaliser des photos à la fois osées, qui démantèlent le mythe selon lequel les adultes avec incapacité physique n’ont pas de désir ou de capacités sexuelles et remettent en question les standards de beauté. À la fois symboliques, ces photos illustrent les processus internes d’exploration de leurs désirs, de leur corps, de leurs besoins et de leurs limites. L’exposition Sans tabous sera lancée en juin 2026, à Montréal.
Références :
Christensen, M. C., Capous-Desyllas, M. et Arczynski, A. V. (2020). Photovoice as a Multilevel Tool for Gender and Sexual Identity Exploration. Families in Society, 101(2), 219-231. https://doi.org/10.1177/1044389419889710
Golden, T. (2020). Reframing Photovoice: Building on the Method to Develop More Equitable and Responsive Research Practices. Qualitative Health Research, 30(6), 960-972. https://doi.org/10.1177/1049732320905564




