Comme travailleur social, Maxime Blanchette rencontrait souvent des hommes qui mêlaient consommation et sexualité, mais il se sentait limité par ses outils. « Je voulais aider autrement qu’une personne à la fois », dit-il. Impuissant devant la détresse qu’il voyait défiler dans son bureau, il s’est tourné vers la recherche.
Son objectif? Transformer son expérience terrain en solutions concrètes pour le réseau de la santé. Aujourd’hui professeur à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et chercheur à l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD), il vise à briser les tabous entourant la consommation sexualisée et à mieux outiller les intervenants.

Plaisir ou dépendance?
La consommation sexualisée touche particulièrement les hommes gais, bisexuels et ceux ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (gbHARSAH). Dans la littérature scientifique, on l’aborde surtout sous l’angle des risques liés au VIH ou aux ITSS. Maxime Blanchette préfère poser un autre regard : « la sexualité, ce n’est pas seulement la biologie ou la prévention d’ITSS. C’est également une expérience psychologique, affective, sociale et culturelle », précise-t-il.
Consommer en contexte de sexualité répond à de multiples motivations, comme réduire l’anxiété et la gêne, prolonger l’endurance ou encore renforcer l’intimité. « Les gens consomment d’abord pour le plaisir, pas pour développer un problème », renchérit le chercheur.
Cette quête de plaisir peut toutefois basculer rapidement. Quand la consommation compromet l’emploi, le logement ou les relations, la ligne se brouille. « Comme pour l’alcool, il y a une différence entre consommer occasionnellement et en avoir besoin pour fonctionner. L’enjeu, c’est de savoir où se situe cette limite », explique le chercheur.

Former pour transformer
Pour aider les milieux de pratique à mieux naviguer dans ces zones grises, Maxime Blanchette a choisi de mettre la recherche au service de l’intervention. Sa thèse de doctorat, ancrée dans son expérience, a mené à des recommandations simples, mais essentielles : reconnaître ses biais comme personne intervenante, se centrer sur la personne et adopter une posture « d’humilité culturelle* ».
Plutôt que de rester sur papier, ces principes ont pris la forme de formations adaptées aux réalités du réseau de la santé et des services sociaux. Plus de 2000 professionnels et professionnelles de la santé les ont déjà suivies. « Je voulais que les résultats de ma recherche soient faciles à utiliser sur le terrain, qu’ils sortent des bibliothèques », insiste-t-il.
*L’humilité culturelle est une façon dont ceux et celles qui fournissent des soins de santé, par leurs pratiques, favorisent la sécurité des personnes de toutes les cultures. Source : Gouvernement du Canada
Le poids des microagressions
Former, c’est sensibiliser aux détails, en apparence anodins, qui peuvent faire dérailler le soutien. Car parler de sexualité et de consommation reste difficile, même dans le réseau de la santé.
« L’utilisation d’un mauvais pronom, une blague lancée dans un corridor, ou simplement le fait d’assumer que la personne devant soi est hétérosexuelle… tout ça peut décourager quelqu’un de revenir consulter », souligne Maxime Blanchette. Ces microagressions, souvent involontaires, pèsent lourd sur les épaules des personnes déjà méfiantes à l’idée de demander de l’aide, en raison des stigmatisations passées.
Des projets qui rayonnent
L’action de Maxime Blanchette ne s’arrête pas aux formations. Avec son équipe, il pilote une étude dans les CIUSSS de Montréal et les CISSS de la Montérégie pour mieux évaluer l’adéquation des services et les besoins des communautés LGBTQ+. En parallèle, un guide de bonnes pratiques pour intervenir auprès de gbHARSAH ayant une consommation sexualisée est en préparation pour soutenir les personnes intervenantes, de tout le Québec.
De la recherche à l’action
Devenu chercheur sans jamais perdre son regard de praticien, Maxime Blanchette veut bâtir des ponts entre la recherche et le terrain. Former, sensibiliser, transformer les façons de faire… autant de gestes qui ouvrent la voie à des milieux où la diversité des parcours peut être accueillie sans tabous.
LES DÉTAILS…
Pour en savoir plus, consultez la section Transfert de connaissances du site web du Laboratoire d’intervention et de recherche sur les substances, les sexualités et la santé mentale, UQAT.




