Au moment où les centres d’hébergement cherchent de nouvelles façons d’humaniser les soins, une idée s’impose : les arts et les loisirs peuvent devenir des outils cliniques. Ateliers de danse contemporaine ou de musique, réalisation de murales intergénérationnelles ou de collages, utilisation ou exposition de photos, les possibilités sont nombreuses. Les initiatives créatives, où l’intuition humaine rencontre la science, se multiplient.
Pour les équipes de recherche et d’intervention, les arts transforment la communication. Pour les proches, ils les apaisent et leur donnent l’occasion de renouer des liens. Pour les personnes aînées, ils calment parfois les symptômes les plus sévères et font parler leur corps. Mais pourquoi les arts ont-ils un tel effet?
Se (re)connecter
Chez les personnes vivant avec des troubles neurocognitifs, même majeurs, les émotions et le non verbal restent souvent préservés. « On sait maintenant, grâce à des études, que 70 % du message passe par le non verbal, c’est-à-dire l’expression du visage, la posture du corps, celle des mains, le ton de la voix, etc. La communication, c’est bien plus que des mots et des paroles », annonce Ana Inés Ansaldo, chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM). Les initiatives artistiques s’appuient justement sur cette forme de communication. Le mouvement, la musique et l’image deviennent alors des portes d’entrée pour tisser une relation, même lorsque les mots sont rares.
S’ouvrir aux arts
Depuis 2020, les initiatives artistiques se déploient dans les lieux d’hébergement, partout au Québec. Cela s’inscrit dans la récente Politique d’hébergement et de soins et services de longue durée qui encourage l’ouverture à la communauté.

Dans la dernière année, ce sont 200 partenariats en arts qui ont été réalisés par l’équipe d’Andrée Méthot, cheffe du service des loisirs à la Direction du programme Soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) – Hébergement. Elle supervise la programmation des 17 centres d’hébergement du CCSMTL et coordonne une vaste équipe de plus de 100 personnes. Outre les collaborations avec de grands festivals, des résidences d’artistes ont été accueillies, puis des activités musicales, de danse, d’arts plastiques, de peinture, de percussion, d’art floral, entre autres, ont aussi été tenues.
Danser, bouger, ressentir
« Tout récemment, on a présenté un atelier de danse contemporaine. Au départ, je doutais de sa portée. Quand on pense à ce mode d’expression, on n’a pas de référence précise comme pour des danses plus classiques, mais la réaction des personnes résidentes a été éblouissante! », souligne Andrée Méthot. L’interaction se fonde sur l’envie d’imiter. En réponse à un mouvement de danse, une main se tend ou un pied bouge. Même les plus apathiques, les plus passives, réagissent aux mouvements du corps. Elles montrent une volonté de parler, de s’exprimer. Comme le souligne Ana Inés Ansaldo, « la réaction, dans ce cas-ci, découle de l’état émotionnel. »
La musique arrive à provoquer des réactions tout aussi surprenantes. Lors de l’écoute du reggae, le personnel a observé des personnes suivre le rythme à la perfection, avec le mouvement d’une jambe en harmonie avec la musique, même chez celles qui bougent très peu. Pour la chercheuse, cependant, cette réponse s’explique. « Tout d’abord, il y a l’ostinato, la mélodie qui scande ce style. Puis le mouvement entraîné par le reggae. Le rythme est au cœur de nos vies. Déjà, dans le ventre de notre mère, nous étions bercés par le rythme. Et celui de notre respiration, de nos pulsations cardiaques, ponctue nos vies », illustre-t-elle.
Ces expériences montrent bien que, même lorsque les mots disparaissent, la connexion passe encore par le corps et le rythme. Les arts en milieu d’hébergement ouvrent ainsi une autre façon de se relier à l’autre. Ils invitent à laisser vivre les sensations et les émotions. Et c’est sans doute là que réside leur plus grande force : redonner un espace d’expression quand la parole devient fragile.
COMPAs : un outil pour soutenir la communication
Ana Inés Ansaldo a développé l’application COMPAs, conçue pour soutenir la communication entre les personnes ayant des troubles neurocognitifs et leurs proches.
Celle-ci repose sur la création d’espaces contenant du matériel audiovisuel significatif pour la personne (photos, musique, vidéos). Ces éléments servent de déclencheurs : un souvenir peut refaire surface, une discussion s’amorcer, un sourire apparaître. Andrée Méthot et son équipe ont collaboré au développement de l’outil en facilitant l’accès au terrain et en participant aux tests. Elles ont observé à quel point l’application permettait au personnel d’entrer dans l’univers de la personne aînée, d’avoir accès à son histoire.
Les détails…
Ana Inés Ansaldo, professeure titulaire, Faculté de médecine, École d’orthophonie et d’audiologie, Université de Montréal
Ministère de la Santé et des Services sociaux. (2021). Des milieux de vie qui nous ressemblent. Politique d’hébergement et de soins et services de longue durée.




