L’art de (se) connecter

Les effets des arts sur la santé ne sont plus à démontrer. Ils agissent comme un baume apaisant sur le corps et l’esprit. Ils stimulent des connexions cérébrales fragilisées. Ils nourrissent les sens. Recourir aux arts en santé, c’est imaginer de nouvelles pratiques, insuffler du plaisir dans les trajectoires, mais aussi enrichir le quotidien des personnes soignantes. C’est une manière de favoriser des approches humaines et sensibles. 

La santé a besoin des arts comme les êtres humains en ont besoin pour s’exprimer, pour se relier à l’autre, pour vibrer. De plus en plus, ils trouvent leur place dans le système de la santé et des services sociaux, sous diverses formes. Cette édition du MU360 en témoigne à travers des initiatives où ils deviennent outils cliniques, leviers de recherche et moyens de diffusion des savoirs, tout en contribuant au bien-être physique, psychologique et cognitif. 

Soutenir l’engagement 

En contexte de soins, les arts deviennent complémentaires à l’approche médicale. Ils mobilisent les personnes autrement, notamment en suscitant des émotions, en stimulant la motivation par des modalités ludiques et en nourrissant le sentiment d’appartenance aux lieux de vie. 

En réadaptation physique, les arts sont de puissants moteurs d’engagement. Passer par le piano, la danse ou le théâtre transforme la nature même des exercices. Ils ne sont plus qu’uniquement fonctionnels, mais porteurs de sens et de plaisir. Lorsque les gestes deviennent significatifs, la motivation est renforcée et l’implication, durable. La dimension sensorielle de chaque art sollicite le corps autrement et ouvre différents chemins vers le mieux-être.  

La musique en est un bel exemple. Son action sur le cerveau, ainsi que sur le stress, l’énergie et le bien-être, est largement documentée. En gériatrie, des études montrent ses effets, notamment sur les personnes atteintes d’Alzheimer : elle suscite des sensations, rallume des connexions et va parfois jusqu’à éveiller des souvenirs. Utilisée comme outil de réminiscence, la musique facilite même les soins auprès des personnes. D’autres formes d’expression, tel le cinéma, font l’objet de recherches prometteuses, élargissant les façons de rejoindre les personnes par l’émotion, la mémoire et l’expérience partagée.  

Renforcer les liens sociaux 

Au-delà de leurs effets sur les parcours individuels, les arts agissent aussi sur les dynamiques collectives. Dans plusieurs milieux ou environnements (centres d’hébergement, réadaptation physique, santé mentale, itinérance ou dépendance), ils brisent l’isolement social. Ils créent des espaces pour participer, vivre une expérience commune et s’ouvrir aux diverses expressions culturelles. Ils valorisent les histoires de vie et renforcent les liens entre personnes usagères, membres du personnel et familles. Auprès des équipes, les arts ont un effet d’entraînement et de mouvement. Ils favorisent un climat de travail positif, facilitent le dialogue et enrichissent les interactions. Et surtout, ils apportent de la beauté dans des contextes de vulnérabilité. 

En recherche, les arts ouvrent de nouvelles façons de réfléchir aux questions de santé, stimulent la créativité et ajoutent du plaisir à la démarche. Documenter une expérience à partir d’une image, d’une création artistique ou encore d’une bande dessinée, permet de la voir sous un angle différent. D’autres méthodes encore, comme la photovoix, accordent une place centrale au vécu et le rendent tangible. 

Plus de place pour les arts 

Une question demeure : quelle place souhaite-t-on réellement accorder aux arts en santé? Dans un contexte de pressions budgétaires, la tentation est grande de les reléguer au second plan. Pourtant, ceux-ci ne sont pas accessoires. Ils participent à la vision biopsychosociale de la santé, qui pose un regard global sur elle et va au-delà des symptômes physiques. Reconnaître leur importance, c’est admettre qu’il faut les intégrer pleinement dans les approches, les interventions et les soins, car les arts sont de formidables catalyseurs de santé et de mieux-être! 

Bonne lecture! 

Geneviève Archambault
Corédactrice en chef invitée
Directrice SAPA Hébergement 
Direction du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées-Hébergement

Philippe Archambault 
Corédacteur en chef invité
Codirecteur scientifique de l’Institut universitaire sur la réadaptation en déficience physique de Montréal et du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain