Dans un de ses cours sur les approches humanistes des soins, Christophe Bedos invite chaque semaine ses étudiantes et étudiants à lire une bande dessinée. Avec Paul à Québec de Michel Rabagliati, la classe découvre l’histoire de Roland qui souffre d’un cancer de la prostate, et réfléchit à l’impact de la maladie sur les proches et les dynamiques relationnelles. « Quand on reçoit Roland dans notre cabinet, qu’on soit médecin ou dentiste, il faut penser à tout ce qu’il vit, à l’envers du décor. Une BD sait montrer tout cela et nourrir l’empathie », soutient le chercheur.

L’utilisation de la BD ne date pas d’hier dans le parcours de Christophe Bedos. Depuis plus de 15 ans, il s’en sert à la fois dans son enseignement, dans sa pratique de recherche et pour la vulgarisation des savoirs en santé. « La BD est un formidable médium pour présenter des choses complexes de manière simple, elle parvient à traduire des réalités », explique-t-il.
Pour le chercheur du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté, cet art peut même être utile pour lutter contre les stéréotypes. Il croit que la BD facilite la rencontre entre des univers souvent éloignés : celui de la recherche, celui des milieux de soins et celui de la population.
L’art en résidence en santé buccodentaire
C’est à ce rapprochement que le Réseau Québécois de recherche intersectorielle en santé buccodentaire et osseuse durable (RiSBOd) s’intéresse, notamment avec le programme Art & science. La BD occupe une place importante dans les activités du réseau. Deux illustrateurs en résidence, Daniel Ha et Martin PM (Patenaude-Monette), ont créé près de 150 planches qui mettent en scène les chercheuses et chercheurs ainsi que leurs travaux et laboratoires. Dirigé par Christophe Bedos et Florina Moldovan, le RiSBOd utilise ces œuvres pour raconter la recherche de manière expressive, décomplexée et accessible.

Textes : Christophe Bedos, Nareg Apelian et Jean-Noël Vergnes – Dessins : Daniel Ha
Imager la dentisterie sociale
Spécialisé en dentisterie sociale, Christophe Bedos a d’ailleurs travaillé avec Daniel Ha pour concevoir la BD Au-delà des dents : la dentisterie sociale et le modèle Montréal-Toulouse. Avec ses 22 pages ludiques et colorées, celle-ci constitue un outil très efficace pour illustrer et expliquer ce modèle conceptuel. « La dentisterie sociale, c’est une vision globale qui considère la personne au-delà de sa bouche et de ses dents. Elle s’intéresse à son cadre de vie, mais aussi à sa famille, à sa communauté, à sa société, voire à la planète », souligne-t-il. La BD devient un moyen concret de rendre cette approche plus facile à comprendre, tant pour les professionnels que pour le grand public.
Dentisterie sociale
Approche de la santé buccodentaire centrée sur la personne et sa situation, de manière globale. Au-delà des techniques de soin, elle considère aussi ses habitudes de vie, sa situation économique et son environnement pour lui offrir des services mieux adaptés.
Transformer son regard de chercheur
La création de cette BD est le fruit d’une étroite collaboration. Le chercheur a d’abord écrit le scénario, dessiné quelques planches et proposé certains enchaînements narratifs. En retour, l’artiste a apporté son humour, son regard différent, sa maîtrise de la concision et, surtout, sa force visuelle. Travailler en proximité avec cet art a changé le regard que Christophe Bedos porte sur son propre travail scientifique et sur son écriture.
La BD invite à prendre des chemins créatifs pour raconter une histoire. Dans mes travaux comme dans mes cours, j’ai de plus en plus envie d’inviter les gens à faire une promenade. Dans un rapport de recherche, on a tendance à se concentrer sur le contenu, sans prêter attention au visuel, au contexte et à la narration. Le travail autour de la BD m’encourage à y réfléchir davantage .
– Christophe Bedos
Il observe dans son réseau qu’une conscience s’ouvre petit à petit à l’égard de cette démarche, mais que ce n’est pas gagné avec tout le monde. Les étudiantes et étudiants y sont nettement favorables, alors que certains milieux de la recherche y résistent. « La recherche représente un des moteurs de l’humanité, mais les chercheuses et chercheurs doivent mieux communiquer et mieux expliquer comment leur travail contribue au bien-être des individus », de conclure Christophe Bedos. Et la BD est, pour ce passionné, le format parfait pour y parvenir!
Les détails…
Christophe Bedos, professeur titulaire, Faculté de médecine dentaire et des sciences de la santé orale, Université McGill
Pour en savoir plus, consultez le dossier web Dentisterie sociale disponible au cremis.ca.




