L’art en relation d’aide : démarche créative et sensible 

« L’art-thérapie, ce n’est pas un cours d’arts plastiques, c’est un soin », lance d’emblée Yvan Gaudreau, étudiant à la maîtrise en art-thérapie de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).  

C’est au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (CCSMTL), auprès des jeunes en difficulté, qu’il a choisi de faire son stage. S’immerger dans un centre jeunesse l’a confronté à l’ampleur de la maltraitance vécue par ces jeunes et de leurs défis, mais lui a aussi permis d’élargir ses connaissances. À ses yeux, l’art-thérapie facilite l’expression des enfants et des jeunes polytraumatisés autrement que par la parole. « Elle permet d’entrer par la porte d’à côté, pour accéder à leur monde intérieur », précise-t-il. 

Arts plastiques → créer une œuvre 
Art-thérapie → observer et intervenir afin de favoriser, par le processus de création, l’expression, la transformation et l’intégration des expériences vécues. Importance des symboles, des émotions, des résistances, des choix de couleurs et des médiums, etc. 

Riche terrain d’apprentissage 

Yvan Gaudreau a une grande expérience en relation d’aide, profession qu’il exerce de longue date. Son choix s’est arrêté sur le CCSMTL pour l’encadrement offert et l’occasion de travailler de concert avec des psychologues, des infirmières en santé mentale, des travailleurs sociaux, etc.  

Selon Andréa Bédard-Gascon, codirectrice, et Janie Pomerleau, agente de stage à l’École d’art-thérapie de l’UQAT, le milieu de la santé est un terrain d’apprentissage extraordinaire. C’est un lieu où les stagiaires peuvent mieux comprendre la structure du système, mais aussi apprendre de la collaboration avec des personnes issues de diverses disciplines. En retour, la présence des stagiaires offre l’occasion de faire connaître l’art-thérapie et d’en faire bénéficier les personnes usagères. D’ailleurs, le réseau valorise peu à peu cette approche, car des postes commencent à émerger depuis quelques années. Au sein du CCSMTL, on compte une quinzaine de thérapeutes par l’art présents dans des CLSC, mais également dans des lieux d’hébergement pour jeunes ou pour personnes aînées. 

Accéder aux émotions en douceur 

L’objectif de l’art-thérapie n’est pas esthétique, mais thérapeutique : mieux se comprendre, travailler les émotions, ouvrir de nouveaux canaux d’expression. Pour Gabriela Ngu, qui a effectué son dernier stage de maîtrise en art-thérapie au CCSMTL, l’art apporte un précieux bagage dans sa pratique d’éducatrice en centre jeunesse. Celui-ci nourrit son rôle au quotidien. Elle est d’avis que l’art facilite des connexions plus humaines et qu’il offre un espace d’expression sécuritaire, ludique, et non confrontant. « L’art‑thérapie ouvre un accès doux aux émotions et aux traumas, par le biais de symboles et de l’imagination. C’est là toute sa force », ajoute-t-elle. Les jeunes en difficulté ont grandement besoin de douceur pour poursuivre leur chemin. Mais comment cette approche parvient-elle à ouvrir l’imaginaire? 

Déroulement de l’art-thérapie 

Chaque séance est unique et toujours adaptée à la personne. L’art-thérapeute tient compte de son cheminement, de ses besoins et de ses objectifs, mais aussi de l’émotion avec laquelle elle arrive. Par exemple, si elle s’est disputée avec un proche, on pourrait lui offrir d’utiliser l’art pour libérer sa colère.  

  • Évaluation au cours des 3 ou 4 premières semaines; 
  • Durée d’une séance type : 1 heure; 
  • Début : « Comment vas-tu aujourd’hui? »; 
  • Proposition d’une intervention par l’art, selon l’objectif; 
  • Étapes :  
    • Exploration libre ou dirigée; 
    • Observation du processus (gestes, choix, émotions); 
    • Discussion de l’œuvre et de son processus de création. 
  • Fin : « Comment repars-tu après cette séance? » 
  • Suivi thérapeutique : retour sur les rencontres précédentes, développement d’un fil conducteur, mise en lien des images créées d’une séance à l’autre 
Des gribouillis à la sculpture 
Yvan Gaudreau

Une séance de thérapie par l’art, ce n’est pas un atelier créatif. Elle repose sur des objectifs, un accompagnement clinique, une structure professionnelle, et surtout une observation fine du processus de création. Aucun talent artistique n’est requis. « Dessiner un bonhomme allumette, c’est parfait. Ce qui compte, c’est ce qu’il veut dire pour la personne », précise Yvan Gaudreau. De même qu’aucune habileté n’est requise pour faire un collage, l’un des modes de création préférés du stagiaire. La combinaison d’images choisies fait appel à l’inconscient, et autorise à sortir du rationnel. Elle devient une soupape pour évacuer, comprendre et transformer une expérience difficile afin de mieux l’intégrer. 

Une diversité de médiums est utilisée pour favoriser l’expérience tactile et sensorielle. Chacun aura un effet potentiellement révélateur de ce que la personne porte en elle. Comme le note Gabriela Ngu : « Un adolescent qui dessine au crayon à mine, qui efface et qui recommence, ça peut révéler des indices sur l’estime de soi et le perfectionnisme ». 

Au-delà des interventions choisies, l’art‑thérapie propose une autre manière d’engager la discussion. Elle favorise l’ouverture à de nouvelles solutions et la possibilité d’aborder des traumas en diminuant le risque de les réveiller, en ayant plutôt recours à l’expression symbolique. Pour le réseau, elle ouvre des espaces de réparation nécessaires, surtout pour les jeunes qui peinent à raconter leur histoire. En misant sur la créativité comme moteur de transformation, elle rappelle qu’un coup de crayon peut mener à une meilleure connaissance de soi.  

Stage en art-thérapie à l’UQAT, un modèle différent 

Deux grands profils se dessinent parmi les cohortes étudiantes. De jeunes diplômés qui passent du baccalauréat à la maîtrise, ou encore des personnes qui sont en seconde, voire en troisième carrière. Contrairement à ce qui se fait dans d’autres disciplines, l’UQAT ne place pas les stagiaires en milieux de stage. Les étudiantes et étudiants doivent faire les démarches auprès des milieux et, de cette façon, développer cette compétence professionnelle. La supervision clinique est toutefois assurée par l’UQAT, en petits groupes de 4 à 5 personnes. L’accueil en milieu de stage ne se fait donc pas nécessairement par un ou une thérapeute par l’art. Lorsque c’est le cas, c’est un atout, mais ce n’est pas requis. Ce modèle permet donc de faire connaître l’approche dans une diversité de milieux.